En passant

Inadaptation au festivisme

 Camarades jansénistes, amis taxidermistes, belges, belges, ma chienne, la tienne et chères cousines de Bretagne, en ce doux matin de juin où les jeunes filles en fleurs s’en vont à l’ombre à la recherche du temps perdu, une question me tourmente : qu’est ce que faire la fête ?

À l’heure de la perpétuelle déconnade festive, des lips-dubs, des opens-bars, des apéros-géants et des randos-rollers municipales – sponsorisées par Orange et Adidas, encadrées par des flics et les Motards en colère – à l’heure des soirées dites étudiantes « Droit : Les 30 ans du string !! ; Pharma emballe la mère Noël », à l’heure où des centaines d’abrutis consentants se trémoussent comme des quenelles chaque fin de semaine sur une musique d’eunuque, je m’interroge, cher lecteur : quelle fête pour le tef ?

Le constat est glaçant : le beau a progressivement tué la Beauté. C’est la mort de l’esthétique, la fin de la grâce. Le on n’est pas beau, mais le on se fait beau pour faire la fête. Un beau que la pub sanctifie, celui que tout le monde reconnaît. Un beau fade, mécanique, économique. Un beau sans coeur ni odeur, un beau qui écoeure, qui s’écoeure.

Le processus, rodé depuis longtemps, fonctionne par accumulation. D’autres parleraient de progrès. Toujours plus de mousse, plus de cul(s), plus de fun, plus de bruit, plus de cables, encore plus de watts et de décibels, plus de DJ, plus de cons sensuels anti-consensuels, plus d’Ashley, plus de Thibault Corrard, plus de phallique, plus de dancefloors, plus de cocktails, plus d’écrans-géants, toujours plus de déconnade, plus de cool, de frais, de free, de V.I.P., plus de strings, plus de photos, et tout cela avec encore plus de démocratie, oh oui ! oh oui ! mon Bernard-Henry Lévy.

Hélas, la fête – cette fête là – est finie, elle se périme elle même, avalée par les logiques économiques, commerciales, publicitaires qu’elle promeut maintenant. Fête du fric pour faire du fric.

Profites-en, toi, le bizut de la vie, le saint de la biture aliéné au sourire de la meute, toi le maquilleur du néant, dégueule ton absence d’imaginaire, vomis tes litres de vide, vautre-toi dans l’obscène indigence de ta pensée. Profites-en, ce soir « Pharma paye sa galette !! ». Une fois que tu auras décuvé de tes excès de vacuité, explique-moi ce que faire la fête veut dire ? Toi qui te voudrais non-conformiste, original, extravagant, comment expliques-tu le mimétisme de ta singularité, de ta provocation consensuelle ? Tu te rêvais à l’avant-garde ? Mais jouer la fantaisie, singer l’obscène et le cynisme, c’est encore s’aligner sur le commun, s’adapter à la misère en cours. C’est devenir le Boeuf Gras du carnaval permanent.

Loin de nous est maintenant la rimbaldienne Académie d’Absomphe. Les bacchanales modernes ne sont plus vecteurs d’imagination, moteurs pour la création. « Il ne faut plus (mais l’ont-ils déjà fait ?) se prendre la tête ! » beuglent les rois de la kermesse dans le langage de l’abrutissement collectif.

Faire la fête, c’est pour beaucoup ne plus penser. Si ce n’est à la prochaine, celle qui leur fera oublier la précédente. Mon frère, mon ami, mon amibe, le vide, ça s’oublie vite.

C.V.


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