Numéro 1 – Éditard

Et pourtant, nous n’avons rien raté. Ni la commémoration du bicentenaire de la révolution française à la télévision, ni les quarante ans de Mai 68 à la Fnac, ni la sortie du numéro 128 de TGV magazine qui nous rappelle que « la publicité a le don de surfer sur les tendances de société », ni les commentaires sportifs de Cohn-Bendit sur Canal +. Nous n’avons rien raté et nous en sommes encore là. Une conclusion s’impose : tout est foutu.

Pour le collectif Tout est foutu il est définitivement trop tard pour ceux qui arrivent encore. Mais nous avons suffisamment fréquenté nos contemporains de l’arrivée tardive pour savoir à quel point cette idée est insupportable à leurs oreilles. Pessimisme, diront les avant-derniers, déclinisme, clameront ceux de derrière, petite santé mentale entonneront les dernières fournées d’arrivants au pas de course.

Comment expliquer une telle résistance chez nos contemporains ? Alors que nous croulons sous les preuves, que nous accumulons de la matière et des témoins à charge, que les arrivées sont, chaque jour passant, toujours plus tardives, l’évidence tarde à venir. Le collectif Tout est foutu refuse la dernière des fatalités : il n’est pas encore trop tard pour le faire savoir.

N’est-ce pas là notre dernière chance, à nous les trop tard venus ? Si nous sommes arrivés trop tard en tout, soyons au moins contemporains de notre arrivée trop tardive. Ne tardons plus à le faire savoir, soyons au moins capables, à défaut de tout le reste, de clamer haut et fort notre vérité du dernier moment : c’est trop tard et tout est foutu.

Ceux qui pensent encore et pour longtemps pouvoir arriver avant l’heure ne s’en laisseront pas compter aussi facilement. Ils se disent peut être que l’avenir durera longtemps, qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. N’ont-ils pas eux aussi des preuves quotidiennes de leur avant-gardisme sur les réseaux mondiaux de la derrière nouveauté ? N’ont-ils pas l’info en avant-première ? Ne sont-ils pas toujours à la page ? Nous n’arriverons pas à faire comprendre à ceux qui se croient toujours en avance sur leur temps qu’ils sont arrivés trop tard depuis le début. Pour eux, tout est doublement foutu.

Les autres trouveront dans ce feuillet de quoi entretenir cette intuition tenace qui les empêche depuis longtemps d’adhérer et qui revient lancinante comme une vieille question familière : et si tout était déjà foutu ?

T.E.F.

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